La NASA a lancé le 29 octobre 2026 une demande d'information aux entreprises : elle veut savoir ce que l'industrie saurait faire pour prolonger la vie de Hubble. Trois pistes sont sur la table, rehausser son orbite, le réparer ou l'améliorer, ou organiser sa rentrée dans l'atmosphère. Le temps presse. Sans moteur, le télescope perd de l'altitude et devrait retomber vers 2033-2034. Les réponses sont attendues jusqu'au 30 novembre.
Trois scénarios pour un télescope sans moteur
Une demande d'information, ou RFI (pour Request for Information), n'est pas un appel d'offres. C'est une question posée à l'industrie. L'agence décrit un besoin et demande aux entreprises ce qu'elles savent faire, avec quels véhicules, dans quels délais et pour quel ordre de prix. Rien ne garantit qu'un contrat suivra.
Le document du 29 octobre découpe la question en trois. Première option, envoyer un véhicule pour rehausser Hubble sur une orbite plus haute, et lui offrir des années de science supplémentaires. Deuxième option, réparer ou améliorer le télescope en orbite, en remplaçant ou en modernisant des instruments. Troisième option, moins réjouissante, organiser une rentrée contrôlée dans l'atmosphère, ou une mise à l'écart sûre en orbite, à la fin de sa vie.
« Hubble a encore une science importante devant lui, et nous devrions examiner toutes les occasions raisonnables de continuer à le faire travailler aussi longtemps que possible », déclare Jared Isaacman, administrateur de la NASA. « S'il existe des moyens innovants et rentables de prolonger la vie d'un bien déjà en orbite, nous le devons au contribuable américain et à la communauté scientifique. Prolonger la vie de Hubble signifierait plus de découvertes, plus de science et plus d'occasions d'élargir notre compréhension de l'univers. »
La date limite est fixée au 30 novembre, à 15 h heure de l'Est, soit 21 h à Paris. Le télescope est un projet mené en coopération entre la NASA et l'Agence spatiale européenne, l'ESA, depuis l'origine.
Pourquoi le compte à rebours a commencé
Hubble n'a jamais eu de moteur. Il a été placé en orbite le 24 avril 1990 par la navette Discovery, à environ 500 km au-dessus de nos têtes. Il y tourne depuis à 27 000 km/h, bouclant un tour de Terre en 95 minutes.
À cette altitude, l'atmosphère n'a pas disparu. Elle est seulement extrêmement ténue. Les rares molécules d'air qui traînent là frottent contre le télescope et le freinent, imperceptiblement. Chaque orbite lui coûte un peu d'énergie, donc un peu d'altitude. C'est le même effet qu'un vélo qui ralentit sur une route parfaitement plate. Personne ne freine, et pourtant la vitesse baisse, parce que le sol et l'air résistent. Pour un satellite, ce ralentissement se paie en hauteur, et l'orbite descend.
Sans propulsion pour compenser, Hubble ne peut pas remonter. La NASA estime aujourd'hui qu'il rentrera dans l'atmosphère entre 2033 et 2034. Une mission de maintenance ou de rehaussement devrait donc partir au plus tard en 2032. D'où l'urgence, et d'où le graphique ci-dessous. À l'échelle des 36 années déjà passées, il reste très peu de temps.
Trente-six ans de réparations en orbite
Hubble a un avantage rare. Il a été conçu pour être entretenu par des astronautes. « Le télescope spatial Hubble de la NASA est le premier observatoire spatial spécifiquement conçu pour être entretenu par des astronautes en orbite », rappelle l'agence. Des poignées, des connecteurs et des instruments modulaires ont facilité le travail des équipes.
Cinq missions de navette se sont succédé entre décembre 1993 et mai 2009. La première a corrigé le miroir principal, légèrement déformé à la construction, qui rendait les images floues. Les suivantes ont remplacé des panneaux solaires, des gyroscopes, des batteries et des instruments scientifiques. Les astronautes en profitaient pour rehausser légèrement l'orbite avec les propulseurs de la navette, un coup de pouce qui prolongeait la vie du télescope.
La dernière mission, en mai 2009, a été la plus lourde, avec cinq sorties dans l'espace en douze jours et près de 37 heures de travail à l'extérieur. Les astronautes ont installé deux nouveaux instruments, la caméra WFC3 et le spectrographe COS. Ils ont réparé deux autres instruments, le spectrographe STIS et la caméra ACS, et changé les batteries. Ils ont aussi fixé à la base du télescope un dispositif destiné à faciliter une future désorbitation. Ce détail prend tout son sens aujourd'hui.
La NASA rappelle que l'industrie commerciale a appris en quelques années à capturer et à entretenir des satellites en orbite. « L'industrie commerciale a évolué rapidement ces dernières années pour offrir de nouvelles capacités de capture et de maintenance de satellites dans l'espace », déclare Nicky Fox, administratrice associée de la direction des missions scientifiques de la NASA. « Compte tenu du temps dont nous disposons avant la rentrée attendue de Hubble, nous sommes impatients d'explorer l'éventail des possibilités pour rehausser Hubble sur une orbite plus haute, pendant que nous développons la mission phare qui suivra. »
Attraper Hubble reste un défi. Le télescope pèse environ 12 tonnes, et il faut d'abord rejoindre son orbite, puis s'en approcher sans le heurter. Le dispositif installé en 2009 donne justement une prise à un futur véhicule. Rehausser l'orbite demande ensuite de pousser une masse de douze tonnes sans la faire tourner sur elle-même, pour ne pas abîmer les instruments pointés vers le ciel.
Ce qui reste à décider
La NASA ne tranche aucune option dans son document. Elle demande, compare et décidera plus tard. Le calendrier, lui, ne bouge pas. La fenêtre de 2032 laisse à peine six ans pour concevoir un véhicule, le lancer et le faire manœuvrer autour d'un télescope qui n'a pas été prévu pour l'accostage automatique.
L'option de la rentrée contrôlée mérite aussi d'être regardée en face. Sans véhicule pour la diriger, la rentrée d'un objet de douze tonnes se ferait au hasard de l'orbite, avec un risque faible mais non nul pour les zones habitées. Une rentrée contrôlée consiste à viser une zone océanique déserte, en consommant du propergol, le combustible qu'un moteur-fusée éjecte pour se propulser, afin de freiner au bon endroit. C'est la solution de repli, celle qui protège les personnes au sol sans rien rendre à la science.
Reste une question de fond. Hubble observe le ciel depuis 36 ans, et la NASA le décrit encore comme un instrument productif, cité par la communauté scientifique. Chaque année gagnée, c'est une année d'observations de plus, notamment dans l'ultraviolet, une gamme de lumière que les grands observatoires infrarouges ne couvrent pas. La réponse des industriels, le 30 novembre, dira si cette prolongation a un prix acceptable.
Pour aller plus loin
- La page officielle de la NASA sur cette demande d'information : NASA Explores Potential Commercial Servicing for Hubble Telescope, et le dossier publié sur SAM.gov.
- L'histoire des cinq missions de service de Hubble, racontée par la NASA : Astronaut Missions to Hubble.
- La comparaison officielle entre Hubble et Webb, et ce que chaque télescope voit : Hubble vs. Webb.
- Les fiches de Hubble, et les notions d'orbite terrestre et de télescope spatial.
- Sur le site, notre article sur la 200 000e orbite de Hubble, la carte du ciel interactive, le guide d'observation et la galerie d'astrophotographies.







