Saturne vient de se doter d'un décagone. Le 2 septembre 2026, une équipe internationale publie dans la revue Science Advances la découverte d'une onde atmosphérique géante à 10 côtés qui encercle le pôle sud de la planète, révélée par Hubble. Et la structure semble être en train de naître sous nos yeux.

Voici ce que montrent les images, et pourquoi cette naissance est une occasion rarissime pour les planétologues.

10 côtés au pôle sud : une première pour Saturne

Saturne abrite déjà une curiosité célèbre : un hexagone, un motif à 6 côtés, qui tourne autour de son pôle nord et que les astronomes observent sans interruption depuis plus de 40 ans. Désormais, le sud a son jumeau. Une équipe menée par Agustín Sánchez-Lavega, de l'Université du Pays basque, annonce dans Science Advances la découverte d'un décagone, un polygone à 10 côtés, autour du pôle sud. C'est la première structure aussi régulière observée dans cette moitié de la planète.

Et elle intrigue, car elle ressemble à l'hexagone tout en s'en distinguant. Ce motif est en réalité une onde, une immense ondulation de l'air. Et il semble se renforcer d'année en année, selon Amy Simon, coautrice de l'étude au centre spatial Goddard de la NASA. Voir se construire un motif atmosphérique géant en direct : une occasion que les chercheurs qualifient eux-mêmes de rare.

Deux vues de Saturne par Hubble : à gauche la planète vue de face avec ses bandes nuageuses, à droite le pôle sud où des bandes concentriques entourent une région sombre au contour à 10 côtés.
Saturne vue de face et vue polaire sud le 29 août 2025 : le contour à 10 côtés du décagone entoure la région sombre au pôle. Crédit : NASA, ESA, STScI, A. Sánchez-Lavega (Université du Pays basque), A. Simon (NASA-GSFC), M. Wong (UC Berkeley), traitement d'image : A. Pagan (STScI).

Des astronomes amateurs l'ont aperçue avant les télescopes spatiaux

La découverte commence sur Terre. Les saisons de Saturne ont progressivement ramené le pôle sud dans le champ de vue des télescopes terrestres. Sur un site géré par l'Université du Pays basque, le Planetary Virtual Observatory Laboratory, qui collecte les images de planètes envoyées par des observateurs du monde entier, Sánchez-Lavega et deux astronomes amateurs, Trevor Barry et Jean-Paul Oger, repèrent en 2024 une bande ondulée subtile le long du pôle sud. Des images du sol prises en 2025 renforcent la piste d'une structure à 10 côtés.

Hubble entre alors en scène. Posté au-dessus de l'atmosphère terrestre, le télescope suit des rotations complètes de Saturne avec une netteté qu'aucun instrument au sol n'atteint. En fouillant ses archives, les chercheurs confirment la présence du décagone dès 2023, avec des traces discrètes bien avant que le motif ne devienne évident.

La quête d'un jumeau sud de l'hexagone n'est pas neuve : Sánchez-Lavega et ses collègues la mènent dans les images de Hubble depuis 1990, en misant sur la symétrie des courants d'air nord-sud de la planète. La sonde Cassini, qui a orbité autour de Saturne de 2004 à 2017, n'avait quant à elle montré aucun indice d'une formation durable. Ce qui rend la trouvaille encore plus remarquable : le décagone semble tout jeune.

Zoom sur le pôle sud de Saturne : un contour régulier à 10 côtés entoure la région polaire sombre, elle-même cerclée de bandes concentriques.
Zoom sur le contour à 10 côtés du décagone au pôle sud de Saturne, recadré depuis l'image du 29 août 2025. Crédit : NASA, ESA, STScI, A. Sánchez-Lavega (Université du Pays basque), A. Simon (NASA-GSFC), M. Wong (UC Berkeley), traitement d'image : A. Pagan (STScI).

Ce que disent les images : une onde dans un fleuve d'air

10 côtés, plusieurs étages d'atmosphère et un courant d'air puissant : voilà le portrait du décagone. La structure n'est pas un nuage posé sur la planète. Elle circule dans un jet stream, un fleuve d'air qui tourne à grande vitesse autour du pôle, comme un courant marin, mais dans l'atmosphère. Et c'est une onde : le courant oscille, et la déformation progresse autour du pôle comme la crête d'une vague avance à la surface de l'eau sans que l'eau fasse le tour du lac.

Surtout, la structure s'étend en altitude. Hubble observe Saturne dans plusieurs longueurs d'onde, des nuances de lumière invisibles pour notre œil, et chaque nuance plonge à une profondeur différente, comme des coupes successives dans un gâteau à étages. La position apparente du décagone se décale légèrement d'une image à l'autre : la structure traverse donc plusieurs étages, du niveau des nuages jusqu'en hauteur. Un édifice vertical, pas une décoration de surface.

Vue en noir et blanc du pôle sud de Saturne dans un seul filtre de Hubble : le contour décagonal est clairement visible autour de la région sombre.
Une seule longueur d'onde de Hubble suffit à dessiner le décagone, étiqueté sur cette image du 29 août 2025. Le X marque une zone sans données. Crédit : NASA, ESA, STScI, A. Sánchez-Lavega (Université du Pays basque), A. Simon (NASA-GSFC), M. Wong (UC Berkeley), traitement d'image : A. Pagan (STScI).

Regarder naître un motif géant : une occasion rarissime

L'hexagone du nord était déjà là quand les astronomes l'ont découvert. Le décagone, lui, se construit devant nos yeux : des traces dès 2023, un motif de plus en plus net en 2024 et 2025. La question qui obsède l'équipe : pourquoi maintenant, alors que rien de tel n'était apparu auparavant ?

La suite est déjà programmée. Hubble continuera de suivre Saturne, des observations complémentaires sont attendues du télescope James Webb James Webb, et des modèles informatiques rejoueront la physique de l'atmosphère pour comprendre comment le décagone s'est formé, combien de temps il durera et ce qui le distingue de son jumeau hexagonal du nord.

En jeu, bien plus qu'une curiosité polaire. Comprendre ce qui alimente cette onde éclairerait la dynamique des atmosphères de toutes les planètes géantes du système solaire, et jusqu'aux liens possibles avec des phénomènes observés sur Terre. Reste une inconnue : le décagone va-t-il se stabiliser comme l'hexagone, ou continuer de changer ?

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