Le 19 août 2026, deux stations LaserSETI ont été installées à AlUla Manara, dans le nord-ouest de l'Arabie saoudite. Le SETI Institute et la Royal Commission for AlUla ont annoncé leur mise en service le 22 octobre. AlUla devient le cinquième site de ce réseau mondial de caméras, et le premier en Asie. Sa mission : surveiller le ciel en continu pour attraper des éclairs de lumière, dont certains pourraient venir d'une technologie extraterrestre.

Cinq sites, un observatoire éclaté sur la planète

LaserSETI n'est pas un télescope. C'est un réseau. Chaque site accueille une ou plusieurs stations, et chaque station porte deux caméras identiques pointées dans la même direction. Une seule caméra embrasse 75 degrés de ciel, soit 4 395 degrés carrés, un peu plus de 10 % de la sphère céleste. L'ordinateur qui accompagne les caméras analyse les images sur place.

L'idée directrice tient en une phrase : voir tout le ciel, tout le temps. Un télescope classique vise une cible précise, une étoile, une galaxie, un astéroïde. LaserSETI regarde de larges tranches de ciel en permanence, pour ne pas rater l'événement bref qui tombe entre deux observations. C'est la différence entre surveiller une porte et surveiller tout le couloir.

Cinq sites, donc. La Californie d'abord, au Robert Ferguson Observatory, avec une première lumière le 6 août 2019. Hawaï ensuite, au sommet du Haleakalā. L'Arizona à Sedona en 2024, Porto Rico sur l'île de Magueyes en 2025, et AlUla Manara en 2026. Chaque nouveau site ajoute un point de vue, et surtout un chevauchement avec ses voisins.

Car un site seul ne suffit pas. Pour croire à un flash, il faut le voir deux fois, depuis deux endroits différents. Un rayon cosmique frappe un capteur, un lidar de satellite (un radar qui mesure avec de la lumière) balaie une zone, un reflet traverse l'objectif : autant de fausses pistes qu'un second site permet d'écarter. La séparation entre la Californie et Hawaï permet même de situer une source à 9 millions de kilomètres, soit 25 fois la distance de la Lune. Plus les sites sont éloignés, plus le réseau peut dire d'où vient la lumière.

Une station LaserSETI installée sur le plateau d'AlUla Manara, avec ses caissons métalliques et ses caméras pointées vers le ciel désertique.
L'une des deux stations LaserSETI installées le 19 août 2026 à AlUla Manara, en Arabie saoudite. Crédit : LaserSETI.

L'objectif final demande six observatoires, trois par hémisphère. En dessous de 30 degrés au-dessus de l'horizon, l'atmosphère absorbe et brouille trop la lumière. Il faut donc des sites répartis, et un peu de chance avec les nuages. AlUla apporte les deux : un ciel protégé, labellisé parc international de ciel étoilé par DarkSky en octobre 2024, et une position en Asie de l'Ouest qui manquait au réseau.

L'équipe d'installation de LaserSETI et des membres de la Royal Commission for AlUla posent devant les stations dans le désert.
L'équipe d'installation de LaserSETI avec des membres de la Royal Commission for AlUla, sur le site d'AlUla Manara. Crédit : LaserSETI.

« AlUla donne à LaserSETI un nouveau point de vue géographique important et relie ce site astronomique remarquable à un réseau mondial en croissance », résume Franck Marchis, astronome planétaire senior au SETI Institute. « C'est exactement ce dont LaserSETI a besoin : des instruments répartis dans le monde, qui observent en continu et ensemble. »

Comment on reconnaît un laser parmi les étoiles

Chaque caméra porte un objectif commercial, un capteur de caméra vidéo et, derrière l'objectif, un réseau de diffraction. Ce composant, une lame finement striée, joue le rôle d'un prisme. Il étale la lumière de chaque source en un arc-en-ciel. Une étoile, qui émet dans toutes les couleurs, laisse donc une longue traînée colorée. Un laser, lui, n'émet qu'une seule longueur d'onde. Il se réduit à une raie nette, comme le point rouge d'un pointeur.

La nature ne produit pas de source optique strictement monochromatique connue. Alors une raie isolée, brillante et brève, serait soit une technologie, soit un phénomène astrophysique encore inconnu. Les deux valent le détour.

Une unité LaserSETI ouverte montre ses deux caméras grand champ et son boîtier en acier inoxydable, avec le réseau de diffraction.
Une unité LaserSETI : deux caméras grand champ pointées dans la même direction, derrière un réseau de diffraction. Crédit : SETI Institute.

Les deux caméras de chaque station sont tournées à 90 degrés l'une de l'autre. Un éclair doit apparaître dans les deux, au même moment. Ce double contrôle élimine les rayons cosmiques et les pannes de capteur. Les caméras lisent leur capteur en continu, avec une technique qui étale l'image sur un axe mais donne une résolution temporelle de l'ordre de la milliseconde. Chaque station produit 104 mégabits par seconde. L'ordinateur intégré trie les événements en temps réel, ce qui évite de stocker des téraoctets d'images et permet d'envoyer une alerte vite.

Comparaison entre le spectre continu d'une étoile et la raie unique d'un laser, séparés par le réseau de diffraction de LaserSETI.
Le spectre d'une étoile s'étale sur toutes les couleurs. Celui d'un laser ne tient que sur une raie. Crédit : LaserSETI.

La sensibilité a une limite chiffrée. LaserSETI repère un laser de 100 gigawatts à 5 années-lumière, à condition que la longueur d'onde soit proche de 500 nanomètres. Un tel laser n'existe pas encore dans nos technologies. L'échelle donne surtout une idée de ce que le réseau pourra faire quand il sera complet.

Le SETI, soixante ans d'écoute sans émission

SETI signifie Search for Extraterrestrial Intelligence, la recherche d'une intelligence extraterrestre. Le programme ne cherche pas la vie en général. Il cherche la preuve d'une intelligence capable de produire un signal. Cette nuance compte : une bactérie dans un lac martien relève de l'exobiologie, pas du SETI.

Depuis 1960 et le projet Ozma de Frank Drake, la méthode principale est la radio. On braque de grandes antennes vers les étoiles et on écoute. L'Allen Telescope Array, en Californie, est le premier radiotélescope conçu dès le départ pour cette tâche. Il réunit 42 antennes de 6 mètres et couvre de 1 à 14 gigahertz. Le SETI ne diffuse rien. Il écoute seulement. Cette règle évite de transformer la Terre en émetteur visible pour toute la galaxie, et elle explique une partie du silence : nous ne faisons que tendre l'oreille.

L'optique existe depuis des décennies, mais avec des détecteurs à photomultiplicateur, autrement dit des caméras à un seul pixel. On ne pouvait examiner qu'une étoile à la fois. LaserSETI change l'échelle en acceptant l'idée que le signal soit monochromatique. Un capteur d'image ordinaire suffit alors, et un objectif grand angle couvre une grande surface de ciel.

Le financement raconte aussi l'histoire. Un programme SETI de la NASA a fonctionné jusqu'en 1993, puis s'est arrêté. Depuis, la recherche américaine repose sur des dons privés. LaserSETI est né en partie d'une campagne de financement participatif.

Aucun signal convaincant n'a été détecté à ce jour. Le silence ne prouve pas l'absence d'intelligence. Il dit surtout que nous n'avons pas encore assez regardé, assez longtemps, avec assez de sensibilité. C'est exactement le pari du réseau : multiplier les yeux et les heures de ciel.

À quoi sert ce réseau, et ce qu'il ne promet pas

Le cinquième site ne garantit aucune découverte. Il élargit la couverture, ajoute un fuseau horaire et un point de vue, et rapproche le réseau de sa taille critique. Voilà ce qu'il faut retenir, sans transformer une mise en service en annonce de contact.

Le partenariat prévoit trois ans d'exploitation et d'entretien par le SETI Institute avec la Royal Commission for AlUla. Les données d'AlUla rejoindront celles des autres sites, pour comparer les événements vus depuis des endroits différents. La phase suivante sera l'analyse, avec des formats de données adaptés et des publications scientifiques.

Infographie en trois cartes : 5 sites dans le monde, 75 degrés de ciel par caméra et 2 stations installées à AlUla.
Le réseau LaserSETI en trois chiffres. Source : SETI Institute. Schéma TRACKER-1.

Le réseau ne sert pas qu'aux extraterrestres. Les caméras attrapent aussi des météores, des rentrées de débris spatiaux et des flashs atmosphériques encore mal expliqués. Chaque événement lumineux bref devient une donnée, et une occasion de mieux comprendre le ciel.

AlUla n'est pas qu'un point sur une carte. Le site doit devenir le premier grand observatoire du royaume, avec un ciel parmi les plus sombres de la région. Installer un instrument de SETI là-bas, c'est relier une recherche mondiale à un projet scientifique de long terme.

Il faut le dire clairement : LaserSETI n'a pas encore trouvé de laser extraterrestre. Le réseau grandit, il couvre plus de ciel, il croise mieux ses observations. C'est ainsi qu'une recherche avance, par étapes mesurables. Le jour où un flash reviendra dans deux caméras et sur deux continents, le travail d'interprétation commencera.

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