Première édition en Amérique latine et dans les Caraïbes, le 8e Sommet pour la durabilité spatiale se tient les 4 et 5 novembre 2026 à Brasília, au Royal Tulip Brasília Alvorada. La Secure World Foundation et l'Agence spatiale brésilienne (AEB) le coorganisent, avec le secrétariat à la science, à la technologie et à l'innovation du District fédéral. Deux jours pour parler de débris, de sécurité en orbite, d'usage de l'espace pour le développement, et des activités autour de la Lune et de Mars.
Une première en Amérique latine, et ce n'est pas un hasard
Depuis 2019, le Sommet pour la durabilité spatiale a réuni le secteur à Washington, Londres, New York, Tokyo et Paris, avec deux éditions en ligne en 2020 et 2021. L'édition 2026 se tient pour la première fois en Amérique latine et dans les Caraïbes. La Secure World Foundation, qui l'organise avec l'AEB, justifie ce choix par une réalité simple : la région dépend des satellites pour des choses très concrètes.
Surveiller l'Amazonie, le Cerrado et le Pantanal, suivre les cultures et les sécheresses, prévenir les inondations, contrôler les frontières et les côtes, connecter des villages isolés : tout cela passe aujourd'hui par des images et des signaux venus de l'orbite. La page officielle du sommet résume les défis de la région en trois points : sa dépendance aux services spatiaux, des capacités institutionnelles très inégales d'un pays à l'autre, et des questions d'équité sur l'accès au spectre radioélectrique, c'est-à-dire les fréquences que les satellites utilisent pour communiquer, aux positions orbitales et aux données.
Le Brésil n'est pas seulement l'hôte. Avec un programme spatial civil structuré depuis 1994, date de la création de l'AEB, il fait figure de rassembleur régional. Son satellite Amazônia-1, lancé le 28 février 2021 depuis l'Inde, a été le premier engin d'observation de la Terre entièrement conçu, intégré, testé et opéré au Brésil. Il photographie le sol avec une résolution de 64 mètres et une fauchée de 866 kilomètres, c'est-à-dire une bande de terrain large de 866 kilomètres à chaque passage, et repasse au-dessus du même point tous les cinq jours. S'y ajoutent les satellites CBERS, une famille d'engins d'observation développée avec la Chine depuis 1999, dont les images nourrissent les programmes brésiliens de suivi de la déforestation.
Le pays dispose aussi du centre de lancement d'Alcântara, à 2°18' au sud de l'équateur. Cette latitude presque nulle ouvre une large gamme d'azimuts, jusqu'à 107°, et permet de viser aussi bien des orbites polaires qu'équatoriales.
Ce que l'on suit n'est qu'une fraction de ce qui orbite
La question qui domine le sommet est pourtant plus ancienne que la plupart de ses participants. Depuis 1957, l'humanité a placé en orbite environ 28 570 satellites, selon le décompte de l'Agence spatiale européenne. Environ 19 610 sont encore là-haut, et environ 15 800 fonctionnent encore. Les autres ne fonctionnent plus, quand ils ne sont pas déjà retombés.
Le catalogue officiel, tenu par les réseaux de surveillance, recense environ 47 280 objets suivis régulièrement. Un objet catalogué, c'est un objet dont on connaît l'orbite avec assez de précision pour annoncer son passage et prévenir une collision. Mais le catalogue ne dit pas tout. L'ESA estime à environ 68 450 le nombre d'objets de plus de 10 centimètres, dont quelque 11 300 seulement sont des charges utiles actives. Entre 1 et 10 centimètres, le modèle grimpe à environ 1,5 million d'objets. Entre 1 millimètre et 1 centimètre, à environ 230 millions. La masse de tous ces objets en orbite dépasserait 17 500 tonnes.
Pourquoi cette débauche de petits objets ? Parce qu'un débris de plus d'un centimètre suffit à désactiver un satellite opérationnel, selon l'ESA. Les blindages de la Station spatiale internationale, eux, sont dimensionnés pour arrêter des projectiles allant jusqu'à un centimètre. Au-delà, les blindages ne suffisent plus : il faut manœuvrer pour éviter les débris suivis.
Ces objets ne flottent pas. Ils filent à des vitesses orbitales, jusqu'à 15 kilomètres par seconde pour les débris, soit 54 000 kilomètres par heure. À cette allure, un impact pulvérise le projectile et creuse un cratère dans la cible. Une visite de l'orbite basse, la zone située à quelques centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes, c'est donc un peu comme traverser un champ de tir dont les projectiles continuent de tourner.
Un ciel qui se remplit plus vite qu'il ne se vide
Le plus inquiétant n'est pas le stock, c'est le flux. En 2025, plus de 300 lancements ont mis en orbite plus de 4 000 charges utiles. En moyenne, environ dix charges utiles, c'est-à-dire les satellites eux-mêmes et leurs instruments, partent chaque jour. Dans le même temps, plus de trois objets intacts, satellites ou étages de fusée, rentrent dans l'atmosphère quotidiennement. Le solde penche du mauvais côté, et il ne se corrige pas tout seul.
Le rapport 2026 de l'ESA sur l'environnement spatial enfonce le clou. L'indice de santé de l'environnement, qui résume l'effet à long terme des activités actuelles, s'est dégradé d'un ordre de grandeur en une seule année. L'agence a même raccourci son horizon de projection de 200 à 100 ans, en raison de l'aggravation des tendances.
Ce cercle vicieux porte un nom, le syndrome de Kessler, du nom de l'ingénieur qui l'a décrit en 1978. L'idée est simple. Au-delà d'un certain seuil de débris, les collisions engendrent des fragments qui provoquent de nouvelles collisions. Le phénomène s'auto-entretient, et il devient très difficile de revenir en arrière. Plus de 660 événements de fragmentation (explosions, collisions ou anomalies) sont déjà recensés, et chacun a semé des éclats qui tournent encore en orbite.
L'ESA indique exécuter en moyenne une douzaine de manœuvres d'évitement de collision par an pour ses propres missions. Le chiffre n'est pas daté et ne couvre que la flotte de l'agence, mais il donne l'ordre de grandeur d'une agence spatiale. À l'échelle du trafic mondial, le compte est beaucoup plus élevé, même si aucune source officielle consultée ne publie de total daté.
Des satellites aux décisions : le dernier kilomètre
Le deuxième thème du sommet s'appelle Benefiting, ou « bénéficier ». Il part d'un constat : les satellites produisent des données, pas des décisions. Entre l'image et l'action, il y a un dernier kilomètre fait de marchés publics fragmentés, de formats incompatibles, de connexions inégales et de personnels formés en nombre insuffisant. Le site du sommet parle d'un écart de dernier kilomètre entre les satellites et les résultats pour la société.
Le Brésil offre un exemple de ce que ce kilomètre peut donner. Le 16 octobre 2026, l'Institut national de recherches spatiales (INPE) a publié les chiffres de la déforestation en Amazonie pour la période d'août 2025 à juillet 2026 : 3 335 kilomètres carrés, en baisse de 41,8 % sur un an, le niveau le plus bas depuis le début de la série en 1988. Dans le Cerrado, la baisse atteint 23,8 %, avec 5 516,69 kilomètres carrés, le plus bas niveau depuis 2001.
Derrière ces chiffres, il y a une chaîne complète : des satellites optiques, des algorithmes de détection, des équipes d'analyse, puis des décisions politiques et des contrôles sur le terrain. Le sommet veut justement parler de cette chaîne, pas seulement des capteurs. Les organisateurs citent la déforestation illégale, les feux, l'adaptation au climat, l'agriculture de précision, la santé, l'éducation et l'inclusion numérique, autant de domaines où l'espace peut servir, à condition que les données arrivent jusqu'à ceux qui décident.
Aligner, coopérer, concevoir : la boîte à outils
Les trois thèmes centraux du sommet, Aligning, Cooperating et Designing, posent une question de droit et d'économie. Le cadre existe déjà. Le Traité de l'espace de 1967 interdit l'appropriation nationale de l'espace et des corps célestes, et rend les États responsables des activités de leurs ressortissants, y compris privées. Le Comité des utilisations pacifiques de l'espace extra-atmosphérique (COPUOS), créé en 1959, a produit les cinq grands traités spatiaux. En 2019, il a adopté 21 lignes directrices pour la durabilité à long terme des activités spatiales, réparties en quatre chapitres.
Mais ces lignes directrices sont volontaires. Le sommet cherche donc des outils plus opérationnels : des licences fondées sur le risque, c'est-à-dire des autorisations dont les exigences dépendent du danger que l'engin fait peser, une régulation par la performance, qui fixe un résultat à atteindre plutôt qu'une recette technique, des incitations économiques, une réflexion sur l'assurance et la responsabilité, des référentiels de bonne gestion. Autrement dit, faire en sorte que le comportement responsable soit aussi le comportement rentable, au lieu de compter sur la seule bonne volonté.
La coopération est l'autre levier. La SSA, encore elle, suppose de partager des données de pistage, et les pays d'Amérique latine peuvent y entrer par des dispositifs régionaux tout en portant une voix commune dans les enceintes multilatérales. Le sommet parle aussi de coordination du trafic spatial, ou STC (space traffic coordination), c'est-à-dire l'organisation des déplacements en orbite, avec des règles communes de priorité et d'information.
Un geste concret est attendu pendant ces deux jours : la signature de la Charte Zero Debris, une initiative non contraignante facilitée par l'ESA, qui vise un avenir sans débris d'ici 2030. Depuis sa publication en 2023, plus de 250 organisations de 35 pays l'ont rejointe. Les organisations intéressées peuvent signer à Brasília, pendant le sommet.
Lune et Mars : les règles avant les traces de pas
Le cinquième thème regarde plus loin, au-delà de l'orbite basse. Les activités lunaires reprennent et les ambitions martiennes s'intensifient. Le sommet veut éviter que la Lune et Mars ne reproduisent le scénario de l'orbite basse : un espace qui se remplit plus vite que les règles ne se mettent à jour.
Le cadre existant repose sur le Traité de 1967, complété par des principes non contraignants. Les Accords Artemis, lancés en 2020 par la NASA avec sept autres pays signataires, en sont le texte le plus visible. Ils couvrent l'usage pacifique, la transparence, l'interopérabilité, c'est-à-dire la capacité de systèmes différents à travailler ensemble, l'assistance d'urgence aux astronautes, la publication des données scientifiques, la préservation du patrimoine spatial, l'utilisation des ressources, les zones de sécurité, ces périmètres temporaires annoncés autour d'une opération, et l'atténuation des débris.
Le Brésil a signé le 15 juin 2021, devenant le douzième signataire. Au 28 octobre 2026, 78 États avaient rejoint le texte, le Vietnam étant le dernier en date. Ces accords ne remplacent pas le droit existant, ils le précisent, et ils restent volontaires.
Le Brésil et la région n'ont pas de mission phare vers la Lune ou Mars, reconnaît le site du sommet. Ce n'est pas une raison pour attendre. Le sommet défend l'idée d'une participation précoce aux normes, avec trois arguments : l'expertise scientifique, la perspective politique et le leadership diplomatique. Le thème Exploring parle même de « design for sustainability », c'est-à-dire de concevoir les missions en intégrant dès le départ leur fin de vie, leurs débris et leur empreinte.
Ce que le sommet veut laisser derrière lui
Les organisateurs annoncent quatre familles d'objectifs : un agenda régional partagé sur les priorités de durabilité, des recommandations concrètes pour la mise en œuvre nationale (licences, atténuation des débris, transparence, usage des données), des pistes de coopération (renforcement des capacités, cadres de partage de données, collaboration régionale sur la SSA et la STC), et une approche pour des activités lunaires et martiennes durables.
Le format aussi compte. Le sommet est hybride, avec une application dédiée et des sessions enregistrées. La presse entre gratuitement, et les étudiants comme les jeunes professionnels bénéficient de 50 % de réduction, avec une session de réseautage dédiée. Pour une région qui arrive dans le débat, la porte d'entrée n'est pas seulement diplomatique, elle est aussi générationnelle.
Reste une question que le sommet ne tranchera pas en deux jours. Nettoyer coûte cher, lancer coûte moins cher, et personne ne possède l'orbite. C'est précisément pour cela que le débat se déplace, cette semaine, vers le pays qui surveille l'Amazonie depuis l'espace.
Pour aller plus loin
- Les notions clés de cet article : l'orbite terrestre, la Lune et Mars dans notre glossaire.
- Le laboratoire qui manœuvre pour éviter les débris : la fiche Station spatiale internationale, le plus grand objet habité en orbite.
- L'autre conséquence d'un ciel encombré : notre article sur la limite de luminosité des satellites franchie.
- Des satellites au service du climat : notre article sur les engins qui mesurent El Niño en 2026.
- Le trafic orbital en direct : notre carte 3D en temps réel et le catalogue des engins suivis.
- Les sources officielles de cet article : le site du 8e Sommet, le rapport 2026 de l'ESA sur l'environnement spatial, les chiffres des débris publiés par l'ESA, les données de l'INPE sur la déforestation et la page des Accords Artemis de la NASA.





