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48.8566°N / 2.3522°E

Earth Tracking / Journal d’observation

La Terre, vue de l’espace

Les données des satellites nous alertent sur les ravages environnementaux de l’humain : les voir depuis l’espace, les comprendre en chiffres, mesurer leur accélération.

Journal d’un observateur lointain

Notre planète est une poussière isolée, enveloppée dans la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité, dans toute cette immensité, rien ne laisse présager qu’une aide viendra d’ailleurs, pour nous sauver de nous-mêmes.

La Terre est jusqu’à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n’y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S’installer, pas encore. Que vous le vouliez ou non, pour le moment, c’est sur Terre que nous nous trouvons.

On dit que l’astronomie incite à l’humilité et forge le caractère. Il n’y a peut-être pas de meilleure démonstration de la vanité humaine que cette lointaine image. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue.

Carl Sagan, inspiré par la photo Pale Blue Dot de Voyager 1 (1990)

Ce site traque des engins qui quittent la Terre. Inversons le regard : plaçons-nous là où ils sont, et observons la planète d’où ils viennent, comme le ferait un observateur lointain, curieux et neutre, qui ignore nos frontières mais lit nos signaux.

Depuis l’espace, les ravages de l’activité humaine ne se voient pas d’abord dans les paysages : ils se lisent dans la composition de l’air, la chaleur piégée, la hauteur des océans et la surface de banquise. Quatre grandes séries de mesures satellitaires et instrumentales les documentent depuis des décennies, et toutes s’embalent.

Le 14 février 1990, à 6 milliards de kilomètres, Voyager 1 a photographié la Terre : 0,12 pixel. Sur ce cliché, tout ce que nous connaissons tient dans un point de lumière suspendu dans un rayon de soleil. Le journal ci-dessous mesure ce que ce point traverse.

La Terre photographiée par Voyager 1 depuis 6 milliards de kilomètres : un point bleu pâle suspendu dans un rayon de soleil (rayon visible en haut à droite de l’image).
La Terre occupe moins d’un pixel dans ce cliché. Un seul des rayons diffractés du Soleil la traverse : un point bleu pâle dans un rayon.NASA/JPL-Caltech · « Pale Blue Dot Revisited » (2020), d’après les images de Voyager 1 (14 février 1990)Voir la mission Voyager 1

📡 En direct · La surface, en ce moment

Le regard en direct

Les points lumineux sont les événements naturels actifs observés par les satellites de la NASA : feux de végétation (orange), tempêtes (cyan), éruptions volcaniques (rose), inondations (jaune). Glissez pour tourner, survolez un point pour l’identifier.

Phénomènes actifs · 30 derniers jours

Seuil de recensement : ces compteurs comptent les épisodes documentés et encore ouverts par les sources NASA EONET et GDACS/GWIS. Un feu ou une inondation locale ne figure ici que s’il a été détecté par satellite et/ou signalé officiellement : de petits événements peuvent manquer, les grands épisodes s’y retrouvent sans exception géographique.

Tous les événements sur EONET (NASA)

📈 Les ravages, mesure par mesure

Ce que l’humain fait à la planète, mesuré depuis l’espace

Quatre séries de mesures indépendantes, suivies depuis des décennies par les agences spatiales. Chacune documente un ravage environnemental ; ensemble, elles forment le diagnostic global. Les graphes montrent l’évolution réelle, les barres comparent les décennies.

🌫️ Impact n°1 · L’atmosphère

L’air que nous chargeons

Depuis 1958, l’observatoire de Mauna Loa mesure le CO₂ de l’atmosphère. La courbe, la « courbe de Keeling », est le record le plus long de l’impact humain sur la planète : elle ne redescend jamais.

Concentration atmosphérique depuis 1958 (ppm)

305350394438195819912026429 ppm

Niveau préindustriel (~280 ppm) · 1958 : 314.44 ppm

Rythme moyen par décennie (ppm/an)

0236472316 ppm1950s+0.88 ppm/an320 ppm1960s+0.81 ppm/an331 ppm1970s+1.24 ppm/an346 ppm1980s+1.61 ppm/an361 ppm1990s+1.57 ppm/an379 ppm2000s+2.04 ppm/an400 ppm2010s+2.43 ppm/an421 ppm2020s+2.62 ppm/an

Le mécanisme

Le CO₂ laisse passer la lumière du Soleil mais bloque les infrarouges que la Terre renvoie : effet de serre, mesuré en laboratoire depuis 1859 (John Tyndall). Chaque ppm supplémentaire piège un peu plus de chaleur. La moitié de l’excès actuel a été émise depuis 1990, depuis la photo du point bleu pâle.

L’accélération

Le rythme d’émission a plus que quadruplé en soixante ans : environ +0,7 ppm/an dans les années 1960, +2,5 ppm/an aujourd’hui. Les barres ci-dessous donnent le rythme moyen par décennie : il ne cesse de monter.

Source : NOAA GML (Mauna Loa) · 428.83 ppm (2026) · ×3

🌡️ Impact n°2 · La chaleur

Le thermomètre planétaire

Les thermomètres du monde entier et les mesures satellitaires convergent : chaque décennie depuis 1980 est plus chaude que la précédente. L’anomalie se mesure en écart avec la moyenne 1951-1980.

Anomalie de température depuis 1880 (°C)

-0.620.030.671.321880195120251.19 °C

Référence 1951-1980 (= 0 °C) · 1880 : -0.17 °C

Anomalie moyenne par décennie (°C)

-0.40.41.2-0.21 °C1880s1890s1900s1910s1920s1930s1940s1950s1960s1970s1980s1990s2000s0.81 °C2010s1.07 °C2020s

Le mécanisme

L’énergie supplémentaire piégée par les gaz à effet de serre équivaut, pour la surface du globe, à des bombes atomiques d’Hiroshima par seconde : le calcul de référence des climatologues est ~4 Hiroshima/seconde en moyenne annuelle. Plus de 90 % de cette chaleur va dans les océans : l’atmosphère n’est que la partie visible.

L’accélération

Le réchauffement s’accélère : la décennie 2015-2024 a connu un bond d’environ +0,3 °C par rapport à la précédente, la plus forte hausse inter-décennale jamais mesurée. Chaque barre ci-dessous est la moyenne d’une décennie.

Source : NASA GISS (GISTEMP v4) · 1.19 °C (2025) · ×6.3

🌊 Impact n°3 · Les océans

La mer qui monte

Depuis 1993, les altimètres radar des satellites mesurent la hauteur moyenne des océans au millimètre près. La mer monte parce que l’eau chaude se dilate et que les glaces fondent.

Niveau moyen des mers depuis 1993 (mm)

-30.611.152.994.619932010202581.0 mm

Référence 1993 (= 0 mm) · 1993 : -21.97 mm

Rythme moyen par décennie (mm/an)

-9.437.484.2-8.21 mm1990s+3.08 mm/an14.38 mm2000s+2.65 mm/an41.60 mm2010s+4.28 mm/an75.20 mm2020s+4.65 mm/an

Le mécanisme

Deux tiers de la hausse viennent de la dilatation thermique : l’eau chaude occupe plus de place (physique élémentaire). Le reste vient de la fonte des glaciers et des calottes. Plus de 400 millions de personnes vivent à moins de 5 m au-dessus du niveau de la mer.

L’accélération

La hausse s’accélère : ~1,8 mm/an dans les années 1990, plus de 4 mm/an aujourd’hui : le rythme a plus que doublé en trente ans. À ce rythme, l’élévation du siècle dépassera largement le demi-mètre.

Source : NOAA LSA (altimétrie satellite) · 80.98 mm (2025) · ×1.5

🧊 Impact n°4 · La glace

La banquise qui fond

Depuis 1979, les satellites micro-ondes mesurent l’étendue de la banquise arctique. Son minimum de septembre, la fin de l’été arctique, est le témoin le plus net du réchauffement : l’été polaire ouvre désormais une mer à la place de la glace.

Étendue de la banquise en septembre, depuis 1979 (millions km²)

3.244.836.418.001979200220254.75 millions km²

Premières mesures satellites (1979-1981) · 1979 : 7.05 millions km²

Moyenne de septembre par décennie (millions km²)

0 %56 %112 %100 %1980s-0.03 millions km²/an92 %1990s-0.01 millions km²/an78 %2000s-0.20 millions km²/an65 %2010s+0.00 millions km²/an63 %2020s+0.04 millions km²/an

Le mécanisme

La glace blanche renvoie 80 % de la lumière du Soleil vers l’espace. Quand elle fond, l’océan sombre absorbe cette énergie et chauffe, ce qui fait fondre plus de glace : la boucle d’amplification arctique. La région arctique se réchauffe près de 4 fois plus vite que la moyenne du globe.

L’accélération

L’étendue de septembre fond d’environ 13 % par décennie depuis 1979. Les records sont tombés en 2012 et 2020 : près de la moitié de la banquise d’été a disparu par rapport aux premières mesures satellites.

Source : NSIDC / NASA · 4.75 millions km² (2025) · ×1.5

Le diagnostic global

L’accélération, en un coup d’œil

Chaque indicateur ramené à son rythme par décennie. Le même mouvement partout. Le rapport entre la dernière décennie et la première mesure le multiplicateur du ravage.

L’air que nous chargeons+0.88 ppm/an+2.62 ppm/an×3
Le thermomètre planétaire-0.01 °C/an+0.07 °C/an×6.3
La mer qui monte+3.08 mm/an+4.65 mm/an×1.5
La banquise qui fond-0.03 millions km²/an+0.04 millions km²/an×1.5

Ces comparaisons portent sur les rythmes, pas les valeurs absolues : elles disent à quelle vitesse chaque système se dérègle.

La mise à l“helle

Pour prendre la mesure du point

Avant de repartir vers les étoiles, quelques comparaisons pour donner sa vraie taille à ce petit point bleu pâle.

L’atmosphère habitable

La couche d’air où la vie est possible fait environ 10 km d’épaisseur. Sur un globe de la taille d’une pomme, ce serait plus fin que la peau : c’est tout ce qui nous sépare du vide, et c’est là que nous déversons 37 milliards de tonnes de CO₂ par an.

0,12 pixel

Dans la photo prise par Voyager 1 en 1990, la Terre occupe moins d’un huitième de pixel. Chaque guerre, chaque découverte, chaque personne que vous aimez tient dans ce fragment de lumière.

Cinq heures et quarante-cinq minutes

C’est le temps qu’a mis la lumière pour apporter l’image du point bleu pâle jusqu’à Voyager 1, 6 milliards de kilomètres plus loin. La perspective se mesure aussi en lumière.

Aucune frontière visible

Depuis l’espace, aucune des frontières que nous traçons n’est perceptible. La planète apparaît comme un seul système : un seul point, une seule destinée.

Transmission finale

Protéger le point bleu pâle

Aucun engin tracké par ce site ne trouvera jamais de planète de secours. La seule planète habitable que nous connaissions est celle-ci, et toutes les courbes de cette page montrent le même mouvement : l’emballement. Le premier geste spatial n’est pas de partir : c’est de comprendre d’où l’on part.

Sources & méthodologie

Chaque valeur affichée provient d’une agence officielle et porte sa date de mesure. Aucune donnée n’est extrapolée ni lissée par nos soins.

  • Événements naturels · NASA EONET v3 (Earth Observatory Natural Event Tracker), événements ouverts des 30 derniers jours. Inondations complétées par GDACS (système d’alerte de l’UE et de l’ONU, source GLOFAS/Copernicus) : le flux EONET des inondations est curé à la main et peut rester vide.
  • CO₂ · NOAA Global Monitoring Laboratory, série mensuelle Mauna Loa (Hawaï), tendance désaisonnalisée.
  • Température · NASA GISS Surface Temperature Analysis (GISTEMP v4), anomalies annuelles vs 1951-1980.
  • Niveau des mers · NOAA Laboratory for Satellite Altimetry, moyenne globale par altimétrie multi-missions (TOPEX/Poseidon, Jason, Sentinel-6).
  • Glace arctique · NSIDC Sea Ice Index v4, étendue de septembre (minimum annuel), série satellite depuis 1979.
  • Rythmes décennaux calculés à partir de ces mêmes séries (régression linéaire par décennie).