Un test réussi ne laisse pas toujours de trace. Celui de l'observatoire Vera C. Rubin, au Chili, en laisse une rose et bleue. Le 22 octobre 2026, deux ans après le début des tests, l'observatoire a publié une image de la tête de la nébuleuse de la Mouette prise par ComCam, sa caméra d'essai. La lumière est partie il y a 3 700 ans. La caméra, elle, a servi de répétition générale avant l'arrivée de l'instrument géant de 3 200 mégapixels.

Une tête d'oiseau à 3 700 années-lumière

L'image montre un nuage de gaz traversé par une crête sombre, avec des volutes roses et un voile bleu. Ce n'est pas une peinture. C'est la tête de la nébuleuse de la Mouette, un ensemble catalogué IC 2177, situé entre les constellations de la Licorne et du Grand Chien. La distance, 3 700 années-lumière, signifie que la lumière captée par ComCam a voyagé 3 700 ans avant d'atteindre ses capteurs.

Une nébuleuse est un nuage de gaz et de poussières entre les étoiles. Celle-ci est une pouponnière. Des étoiles massives y sont nées, et leur rayonnement ultraviolet arrache des électrons aux atomes d'hydrogène autour d'elles. Ce gaz ionisé brille en rose. Le bleu vient d'autre chose: des grains de poussière qui réfléchissent la lumière des jeunes étoiles voisines. La crête sombre, elle, est un mur de poussière qui bloque la lumière.

La Mouette compte trois nuages, Sharpless 2-292, Sharpless 2-296 et Sharpless 2-297. Ensemble, ils dessinent un oiseau en vol. L'image de ComCam ne montre que le premier, la tête, que les astronomes appellent Sharpless 2-292, ou Sh2-292. Au sommet de la crête, un système triple d'étoiles massives, HD 53367, marque l'œil bleu de l'oiseau. Ce sont ces étoiles qui allument la région.

Le cadre de la caméra ComCam autour de la tête de la Mouette, avec des volutes de gaz rose et des voiles de poussière bleue sur fond d'étoiles.
Le cadre de ComCam autour de la tête de la Mouette. Les trois nuages qui dessinent l'oiseau sont Sharpless 2-292, 2-296 et 2-297. Cette image couvre le premier, la tête. Crédit : NSF-DOE Vera C. Rubin Observatory/NOIRLab/SLAC/AURA. Traitement : T. A. Rector (UAA/NSF NOIRLab), D. de Martin et M. Zamani (NSF NOIRLab).

ComCam, une répétition de 144 mégapixels

ComCam est la version réduite de la caméra LSST. Neuf capteurs CCD, les puces qui transforment la lumière en signal électrique, pour un total de 144 mégapixels. Son champ couvre deux pleines Lunes. Pour une caméra dite de test, l'instrument est déjà sérieux.

Sa mission n'était pas de faire de la science, mais de vérifier que tout fonctionne. Pendant sept semaines, du 24 octobre au 11 décembre 2024, ComCam a pris environ 16 000 poses. Elle a testé le télescope Simonyi, les logiciels de pointage, l'électronique et la chaîne de traitement des images. Chaque pose était un essai de plus, avec des réglages différents.

La comparaison avec la caméra LSST donne la mesure du saut. LSST atteint 3 200 mégapixels, contre 144 pour ComCam, et son champ est 21 fois plus large. Un seul de ses clichés couvre une surface équivalente à une quarantaine de pleines Lunes. Depuis le Chili, elle photographie tout l'hémisphère sud tous les trois à quatre nuits.

Comparatif de champ : les nébuleuses Trifide et de la Lagune vues par la caméra LSST à gauche, la Mouette par ComCam à droite, la pleine Lune pour l'échelle.
À gauche, les nébuleuses Trifide et de la Lagune vues par la caméra LSST de 3 200 mégapixels en juin 2025. À droite, la Mouette vue par ComCam, 144 mégapixels. La pleine Lune donne l'échelle. Crédit : NSF-DOE Vera C. Rubin Observatory/NOIRLab/SLAC/AURA. Traitement : T. A. Rector (UAA/NSF NOIRLab), D. de Martin et M. Zamani (NSF NOIRLab).

Ce que la Mouette a appris

Une image de nébuleuse n'est pas un test facile. Les régions de formation d'étoiles mélangent des zones très brillantes, des filaments fins et des pans de poussière qui cachent la lumière. Les logiciels doivent assembler neuf capteurs, corriger les défauts de chaque pixel et préserver ces structures sans les lisser.

Le télescope James-Webb observe ces berceaux dans l'infrarouge, car la poussière y laisse passer la lumière. Rubin, lui, travaille surtout en lumière visible, avec un champ immense. La Mouette a donc servi de cas d'école à l'équipe de traitement. Les enseignements ont resservi quelques mois plus tard sur les nébuleuses Trifide et de la Lagune, deux images de First Look, la présentation publique des premières images de Rubin en juin 2025.

Selon l'observatoire, l'image de ComCam reste la vue la plus profonde et la plus nette de cette région tant que LSST n'aura pas accumulé davantage de données. Une caméra d'essai, donc, qui bat pour l'instant la grande caméra sur ce coin de ciel.

ComCam s'efface, LSST prend le relais

La campagne terminée, ComCam a été retirée du télescope en décembre 2024. Elle n'a pas fini sa vie pour autant. Elle sert désormais de banc de test dans la salle blanche du sommet, où elle appuie les essais logiciels de la caméra LSST et fait tourner périodiquement des pompes à vide et des compresseurs de rechange pour les garder en état.

Pendant ce temps, LSST a démarré. Le relevé doit durer dix ans et produire un film du ciel austral, avec des alertes envoyées aux télescopes du monde entier dès qu'un objet change de luminosité. Les images de ComCam montrent ce que ce film aura dans le ventre. Elles montrent aussi que la répétition générale valait déjà le détour.

L'observatoire Vera C. Rubin à l'aube, son dôme métallique fermé posé sur une crête rocheuse du Cerro Pachón, au Chili.
L'observatoire Vera C. Rubin, sur le Cerro Pachón au Chili. Sa caméra LSST a pris le relais de ComCam et scanne l'hémisphère sud tous les trois à quatre nuits. Crédit : NSF-DOE Vera C. Rubin Observatory/NOIRLab/SLAC/AURA/Y. AlSayyad.
Infographie en trois cartes : 144 mégapixels pour ComCam, un champ 21 fois plus large pour la caméra LSST, 16 000 poses en sept semaines.
Les trois chiffres de ComCam : 144 mégapixels, un champ que la caméra LSST dépasse 21 fois et 16 000 poses en sept semaines. Infographie TRACKER-1.

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