Le 20 octobre 2026, le télescope spatial Swift, de la NASA, a livré sa dernière observation. Trois jours plus tard, l'agence a annoncé la fin de la mission. L'engin évolue désormais sous 275 km d'altitude, une hauteur où l'atmosphère le freine assez pour qu'il ne puisse plus viser ses cibles de façon stable, et il doit rentrer d'ici quelques semaines. Prévu pour deux ans, il en a fonctionné près de 22.

Une dernière observation, puis la descente

Swift tourne autour de la Terre sur une orbite terrestre basse. Un satellite à cette hauteur baigne dans les couches les plus hautes de l'atmosphère. À 275 km, l'air est des dizaines de milliards de fois moins dense qu'au niveau de la mer, mais il reste des molécules. Elles heurtent les panneaux solaires et le corps de l'engin, et chacune de ces collisions agit comme un minuscule coup de frein. Swift n'a pas de moteur pour compenser. Sa trajectoire descend donc un peu plus chaque jour.

L'image est celle de la main qu'on sort par la fenêtre d'une voiture. On ne le voit pas, l'air est pourtant bien là, et il pousse.

Pour un télescope, la conséquence est directe. Pour photographier une galaxie lointaine, Swift doit rester pointé sur elle pendant plusieurs minutes, parfois plusieurs heures, le temps d'accumuler assez de lumière. Ses capteurs corrigent en permanence les petites déviations, un peu comme l'équilibre d'un vélo qui avance. Quand la traînée augmente, ces corrections ne suffisent plus. L'image se décale et les mesures se brouillent. C'est exactement ce que décrit la NASA : le télescope ne peut plus fixer ses cibles de façon stable.

Le seuil critique était connu depuis des mois. La NASA le situe autour de 300 km. En dessous, les opérations deviennent difficiles et les observations scientifiques risquent de cesser. En septembre, l'agence estimait que Swift, alors vers 325 km, atteindrait ce seuil début ou mi-octobre. Fin octobre, l'engin est passé sous 275 km. Il ne reste plus que la descente.

Infographie en trois cartes : 22 ans de mission au lieu de 2 prévus, plus de 2 000 sursauts gamma suivis et 275 km d'altitude, la limite.
Les trois chiffres de la fin de mission de Swift. Données NASA. Schéma TRACKER-1.

22 ans au lieu de 2 : ce que Swift a changé

Swift est parti le 20 novembre 2004 et a commencé à travailler le mois suivant. Son objectif tenait en une phrase : attraper à la volée les sursauts gamma, les explosions les plus puissantes de l'Univers, avant qu'ils ne disparaissent. Swift veut dire « rapide » en anglais. Le nom résume la mission.

Avant lui, le problème était celui du guetteur. Un sursaut gamma est un éclair de rayons gamma, le rayonnement le plus énergétique du spectre. Il dure de quelques millisecondes à quelques minutes. Pendant ce temps, les astronomes n'ont pas le temps de braquer un grand télescope. Quand ils y arrivent, l'éclair est passé. Reste une lueur résiduelle, la rémanence, qui s'éteint elle aussi en quelques heures ou quelques jours.

Neil Gehrels, premier responsable scientifique de Swift, désigne les instruments du satellite assemblé dans une salle blanche du centre Goddard.
Neil Gehrels, premier responsable scientifique de Swift, montre les instruments de l'observatoire dans une salle blanche du centre Goddard de la NASA, le 9 septembre 2003. Crédit : NASA.

Swift a résolu ce problème avec trois instruments et beaucoup d'automatisme. Son Burst Alert Telescope (BAT), un détecteur de rayons gamma qui embrasse 16 % du ciel à la fois, repère l'éclair. L'ordinateur calcule sa position en quelques secondes, l'envoie aux observatoires du monde entier, puis fait pivoter l'engin. Ses deux autres télescopes, l'un dans les rayons X (XRT), l'autre dans l'ultraviolet et le visible (UVOT), sont alignés dans le même axe. Ils peuvent donc photographier l'endroit du sursaut en même temps.

« Swift a été conçu comme un satellite dédié à l'étude des sursauts gamma, des éruptions qui apparaissaient et disparaissaient si vite que personne ne pouvait les viser avec de grands télescopes pour en apprendre davantage », explique S. Bradley Cenko, responsable scientifique de la mission au centre Goddard de la NASA. Il fallait détecter, localiser, prévenir les autres observatoires, puis retourner les télescopes avant que la rémanence ne s'éteigne. En général, cela prenait une minute.

Cette rapidité a changé la physique des sursauts. En mai 2005, Swift a attrapé un sursaut record, GRB 050509B, d'une durée de 0,03 seconde. Il a eu le temps de capter 11 photons de rayons X, la première rémanence jamais observée pour un sursaut « court ». Ces observations ont conforté un modèle : les sursauts courts viennent de la fusion de deux étoiles à neutrons, des cadavres d'étoiles qui concentrent la masse du Soleil dans une sphère de la taille d'une ville.

Image de rayons X du sursaut gamma GRB 221009A : des anneaux concentriques brun-rouge entourent une source centrale jaune très brillante.
La rémanence X du sursaut GRB 221009A, vue par le télescope XRT de Swift en octobre 2022. Des anneaux concentriques de largeur variable entourent la source centrale. Crédit : NASA/Swift/A. Beardmore (University of Leicester).

Une machine à suivre le ciel entier

Swift ne se contentait pas de courir après les sursauts. Son planificateur pouvait programmer jusqu'à 75 cibles indépendantes par jour et accepter des demandes d'observation de dernière minute, émises depuis le sol en quelques minutes. Les astronomes l'ont utilisé pour suivre des comètes, des astéroïdes, des galaxies actives et des étoiles déchiquetées par un trou noir.

Illustration d'un sursaut gamma : un trou noir central projette deux jets de particules qui traversent l'étoile en effondrement en émettant rayons X et gamma.
Illustration de la naissance d'un trou noir au cœur d'une étoile massive en effondrement. Ses jets percent l'enveloppe en émettant rayons X et rayons gamma. Crédit : NASA/Swift/Cruz deWilde.

En deux décennies, le bilan dépasse largement le contrat. Plus de 2 000 sursauts gamma, plus de 1 400 supernovae, environ 7 000 articles scientifiques. La NASA résume : prévu pour deux ans, Swift a été productif plus de dix fois plus longtemps. Neil Gehrels, son premier responsable scientifique, est mort avant que l'agence ne rebaptise la mission à son nom en 2018.

Le sauvetage qui n'a pas eu lieu

À partir de 2025, la NASA a vu la fin venir. L'activité solaire était montée, et avec elle la densité de la haute atmosphère. Le Soleil chauffe les couches supérieures, qui se dilatent et freinent davantage les satellites. Swift, sans propulsion, descendait plus vite.

L'agence a donc tenté quelque chose d'inhabituel. En septembre 2025, elle a confié à Katalyst Space, une entreprise de Flagstaff en Arizona, la construction d'un petit engin capable de rejoindre Swift, de l'attraper et de le rehausser. Le calendrier était serré : environ un an pour concevoir, construire, tester et lancer. L'engin, LINK, a décollé en juillet 2026 depuis l'atoll de Kwajalein, dans les îles Marshall, à bord d'une fusée Pegasus XL.

Le scénario a tourné court. LINK a connu des pertes de communication intermittentes et des problèmes de contrôle d'attitude. En août, la NASA et Katalyst ont réduit l'ambition de la mission. Plus de saisie ni de rehaussement, seulement des démonstrations techniques, dont l'essai d'une propulsion au xénon et de trois bras robotiques. La NASA a officiellement clôturé sa participation le 3 septembre 2026, et LINK est rentré dans l'atmosphère le 25 septembre.

Pendant ce temps, les contrôleurs de vol de l'université Penn State, qui pilotent Swift, ont fait gagner des mois à la sonde. À partir de décembre 2025, ils ont remplacé environ un quart des cibles scientifiques par des orientations qui offraient moins de prise à la traînée. En février, ils sont passés à ce mode en continu. En avril, ils ont cessé d'utiliser le Burst Alert Telescope, ce qui réduisait la consommation d'énergie et permettait d'orienter les panneaux solaires de la façon la plus favorable. La science a repris en août, le télescope gamma a été recalibré le 18 septembre et le pointage automatique est revenu le 21. La descente, elle, a repris aussi.

« Dès le départ, c'était une mission à haut risque et à fort gain », a déclaré Shawn Domagal-Goldman, directeur de la division astrophysique de la NASA. Sans intervention, Swift allait rentrer dans l'atmosphère avant la fin de l'année. L'essai n'a pas sauvé le satellite, mais il a laissé des leçons pour les futures missions de maintenance en orbite.

Ce que Swift laisse

Il reste une archive. La NASA la décrit comme près de 22 ans de mesures de luminosité de toutes sortes d'éruptions cosmiques, des spectres en plusieurs longueurs d'onde et plus de 1,5 million d'images de l'Ultraviolet/Optical Telescope. Le tout représente environ 12 téraoctets, soit le contenu d'environ 600 films en haute définition, et il est public.

Il reste aussi une leçon. Swift était le guetteur du ciel. Il donnait l'alerte, et les grands télescopes pointés, comme Hubble ou James-Webb, faisaient le travail de détail. Avec sa fin, la NASA cherche comment garder cette capacité de réponse rapide, en s'appuyant sur sa flotte existante et sur des capacités commerciales plus agiles.

« Swift a offert à la nation un retour sur investissement incroyable et durable, conçu pour une mission principale de deux ans mais productif plus de dix fois plus longtemps », a déclaré Shawn Domagal-Goldman. L'agence promet que son archive, elle, continuera de nourrir des découvertes pendant des décennies.

Pour aller plus loin