Depuis Mars, le rover Perseverance a filmé une première : la Terre, réduite à un point de lumière, s'effacer derrière Phobos, la plus grosse lune de la planète rouge. Séquence capturée le 2 juillet 2026, publiée le 5 août par le JPL, le centre de la NASA qui pilote le rover. Voici ce que montrent les images, et pourquoi cet alignement demandait autant de planification que de chance.

19 h, sol 1 907 : l'alignement qui n'avait jamais été vu

Le 2 juillet 2026, vers 19 h heure solaire locale, les caméras de Perseverance pointent vers le ciel du cratère Jezero. Un jour martien, que les ingénieurs de la NASA appellent un sol, dure 24 h 40. C'était le 1 907e sol de la mission, plus de cinq années terrestres passées sur place.

Dans la séquence, deux objets se croisent. La Terre, un point brillant de la taille d'un pixel, glisse du coin supérieur gauche vers le coin inférieur droit de l'image. Phobos file en sens inverse, du bas gauche vers le haut droit. À la troisième image, les deux se rencontrent, et notre planète s'éteint derrière le bord sombre du croissant de Phobos, avant de réapparaître de l'autre côté.

L'image est un composite, c'est-à-dire un assemblage de plusieurs prises de vue successives, ici sept clichés signés par Mastcam-Z, la paire de caméras couleur à la tête du rover. Justin Maki, l'un des responsables de la caméra au Jet Propulsion Laboratory, la décrit comme « un autoportrait unique de la Terre, pris depuis la surface d'une autre planète, avec Phobos qui s'invite dans le cadre ».

C'est la première fois que l'humanité capture depuis la surface d'une autre planète l'observation d'un objet qui masque la Terre.

Composite de sept images de Mastcam-Z sur fond noir : la Terre, point brillant, traverse le champ de haut gauche vers bas droite et s'efface derrière le croissant de Phobos.
Séquence de la Terre passant derrière Phobos le 2 juillet 2026 : le fond noir est le résultat d'un traitement qui a retiré la lumière parasite pour faire ressortir les détails. Crédit : NASA/JPL-Caltech/ASU/MSSS/SSI.

Phobos, la lune patate qui fait trois tours de ciel par jour

Phobos ne ressemble pas à notre Lune. C'est une patate de 27 km dans sa plus grande largeur, criblée de cratères, qui orbite à 7 800 km de Mars, plus près de sa planète qu'aucune autre lune du système solaire. Et elle va vite : le tour complet prend 7 h 39, soit trois traversées du ciel par jour martien. La NASA précise qu'elle se lève à l'ouest, car elle file plus vite que la rotation de Mars elle-même.

Mark Lemmon, de la Space Science Institute au Colorado, a planifié l'observation et assemblé l'image. « Phobos traverse le ciel martien trois fois par jour, et la Terre est visible pendant des mois d'affilée, mais attraper l'une directement derrière l'autre demande de la planification et un peu de chance », résume-t-il.

L'idée se comprend avec une image simple. La Terre, presque immobile dans le ciel martien, joue le rôle de la montagne au loin. Phobos, c'est la voiture qui boucle l'autoroute du ciel trois fois par jour. Il suffit de calculer l'heure exacte où la voiture passera pile devant la montagne, puis de déclencher la caméra au bon moment.

Cinq vignettes horodatées montrant la Terre, point lumineux, disparaître puis réapparaître derrière le croissant de Phobos, avec l'heure solaire locale martienne inscrite sur chaque vignette.
Cinq images de l'occultation, horodatées en heure solaire locale martienne : la Terre disparaît derrière Phobos, puis réapparaît. Crédit : NASA/JPL-Caltech/ASU/MSSS/SSI.

Occultation, éclipse, transit : le vocabulaire des passages

Les astronomes appellent ce que Perseverance a vu une occultation. Le mot veut dire : vu d'un endroit précis, un corps d'apparence plus grande cache complètement un objet placé derrière lui. Une éclipse, c'est autre chose : un objet entre dans l'ombre d'un autre, comme notre Lune quand elle traverse l'ombre de la Terre, ce que nous appelons une éclipse lunaire. Un transit, enfin, désigne un objet d'apparence plus petite qui passe devant un plus grand.

Perseverance connaît bien les transits. Le rover a déjà filmé Phobos et Déimos, la seconde lune de Mars, passer devant le Soleil, des « éclipses solaires martiennes » en miniature, où la lune patate glisse sur le disque solaire.

Un pixel pour la Terre : ce que ce portrait nous raconte

314 millions de kilomètres. C'est la distance qui séparait la Terre de Mars au moment des prises de vue, de quoi réduire notre planète à un point de la taille d'un pixel, le plus petit point d'une image numérique.

La Terre avait déjà été photographiée depuis Mars. Le rover Spirit en a signé la première, le 8 mars 2004, une heure avant le lever du Soleil : la Terre y apparaissait comme une étoile brillante. En janvier 2014, le rover Curiosity a repris le portrait, avec la Lune dans le même cliché. Ce qui change cette fois, c'est le mouvement : pour la première fois, on voit notre planète vivante, traversée par une lune étrangère, éteinte puis rallumée.

L'image rappelle aussi à quel point les tailles apparentes jouent des tours. Vue depuis le bord du cratère Jezero, Phobos paraît large d'à peu près un tiers de notre Lune vue de la Terre. Autrement dit, un caillou de 27 km peut masquer une planète entière : il suffit qu'il passe devant. C'est tout l'art de l'occultation, un effet de perspective, et rien d'autre.

Mosaïque de la caméra de navigation du rover Spirit, mars 2004 : le ciel martien à l'aube, avec un encart zoomé montrant la Terre, un point brillant signalé par une flèche.
La première image de la Terre prise depuis la surface d'une autre planète, par le rover Spirit, le 8 mars 2004 : la Terre, dans l'encart, ressemble à une étoile brillante. Crédit : NASA/JPL/Cornell/Texas A&M.

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